Analepse

Le septième art sous toutes ses facettes

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La Forêt de Mogari de Naomi Kawase

sans commentaires

Fiche technique

Réalisateur : Naomi Kawase

Nationalité : Japonaise

Année : 2007

Durée : 1′37

Acteurs : Shigeki Uda (Shigeki) / Machiko Ono (Machiko) / Makiko Watanabe (Wakako) / Kanako Masuda (épouse de Shigeki) / Yoichiro Saito (époux de Machiko).

Synopsis

Shigeki vit dans une petite maison de retraite sous le regard bienveillant d’une aide-soignante, Machiko. Sans le savoir, tous deux partagent un lourd secret : la perte d’un être cher.

plan

Le premier plan du film est un plan de demi-ensemble, en plongée, sur des arbres. Les branches des arbres bougent sous l’effet du vent. Le temps s’écoule, et nous passons à un plan plus large sur un champ où se promènent horizontalement de droite à gauche, de manière “lente” un cortège funéraire.

- Dès le début du film, le spectateur est plongé dans la nature. La couleur et le son donnent une ambiance calme, sereine. En brandissant des bâtonsoù se trouvent accrochés des morceaux de tissus, les villageois participent certainement à une fête, ou à un acte important. Dans le film, a aucun moment n’est dévoilé explicitement leur travail pourtant il s’agit d’un plan qui amorce le thème de la mort puisque ces gens font une cérémonie funéraire sans crémation.

Le dernier plan

Le dernier plan du film est un plan d’ensemble sur la forêt.

- A la différence du premier plan, le spectateur sait désormais pourquoi cette forêt était si importante. Le spectateur a apprit que la femme de Shigeki a été enterré à cet endroit et que la nature est bénéfique puisque nos personnages principaux , après de nombreuses difficultés (hypothermie,chute,…), ont trouvé la paix.

Les thèmes

Dans La Forêt de Mogari, la réalisatrice mêle deux principaux thèmes :

- La mort

- Le temps

  • La mort

La mort est un thème récurrent qui “réside” chez différents personnages tels que Shigeki, Machiko et son époux.

- Dans le film, les raisons du décès de Mako (la femme du vieil homme) nous sont inconnues. Par contre celles, du garçon de l’aide soignante sont dites grâce en majeur partie aux images.

- Dans la forêt, quand le vieil homme traverse le ruisseau, Machiko s’arrête, se jette au sol et pousse des cris de stupeur face à la puissance et à la rapidité de l’eau à couler sous l’effet de l’orage.

De manière implicite, les hurlements de la jeune femme (hors-champ) et le long plan rapproché sur le ruisseau laisse penser que son enfant est mort noyé. Face à la nature, Machiko n’aurait pas pu lutter et se serait vu lâcher son enfant (en effet, à travers les répliques entre le jeune femme et son époux, l’homme accuse la femme de l’avoir lâché).

- En allumant de l’encens près de la photo de son fils, Machiko allume en quelque sorte un cierge.

  • Le temps

Le temps est présent sous divers aspects :

- La Forêt de Mogari évoque le temps des adieux à travers la religion bouddhiste. Désireuse de nous montrer l’une des difficultés de notre existence, Naomi Kawase nous met face à deux personnages qui n’arrivent pas à accomplir leur deuil. Pourtant, Shigeki se voit contraint de le faire puisque cela fait trente trois ans que Mako est morte. En effet, selon la religion, la croyance bouddhiste japonaise, c’est à ce nomnre d’année qu’un défunt ne pourra plus jamais revenir sur terre et qu’il rejoindra le royaume du Bouddha pour enfin devenir libre.

- Tout au long du film en particulier vers la fin, le spectateur se trouve face au temps passé. Outre les photographies des défunts (Mako et l’enfant), il y a aussi la boîte musicale, les carnets de Shigeki qui date de 1973 à 2006, les boucles d’oreilles de Mako qui se trouvaient dans la boîte musicale… En ce qui concerne le vieil homme, ces différents objets souligne l’idée que l’homme vit dans le passé. Qu’il a arrêté de vivre depuis que sa femme l’a quitté.

- Enfin, la réalisatrice met en scène le temps  imaginaire. En effet, elle incorpore dans son film deux images mentales de Shigeki. En imaginant que son épouse joue du piano ou danse avec lui dansla forêt, il y a en quelque sorte de la part du vieil homme le refus de faire son deuil en ne laissant pas partir Mako, décédée.

L’espace

Le film se déroule dans deux espaces bien distincts : le monde urbain et le monde rural.

Face aux affiches, aux enseignes des magasins, à la taille importante des murs grisâtres et aux rues étroites, la ville apparait aux spectateurs comme étant un endroit étouffant, repoussant voire dangereux pour la population (Machiko en bicyclette / Machiko dans la voiture de Wakako).

Par opposition, les plans dans la région montagneuse du canton de Tavara, à l’Ouest du Japon montrent un endroit où “il fait bon vivre”. Par son caractère vaste et les couleurs variées, il s’agit d’un lieux splendide, chaleureux, calme et protecteur (Machiko et Shigeki sont protégés de la pluie et de l’orage par les feuilles, les arbres).

Du point de vue plastique, certaines prises de la réalisatrice m’ont fait penser à de nombreuses photographies (la brume matinale recouvre une grande partie de la forêt / Un ciel bleuté avec des nuances de rose illumine une petite colline).

Jugement personnel

- Ce film confirme l’idée que les Hommes liés ensemble forment un tout. En renversant la situation (au lieu que Machiko s’occupe du vieil homme, c’est lui qui s’occupe de la jeune femme). Naomi Kawase accentue l’idée que nous devons nous entraider et non faire la guerre. C’est en nous serrant les coudes que nous deviendrons plus forts !

- La réalisatrice a choisit de filmer la plupart du temps ces personnages “la caméra à l’épaule” bien qu’il existe toutefois des plans fixes. Même si ces plans ne m’ont pas facilité le visionnage du film, je pense que c’est un moyen de faire ressortir un style “réaliste”, en donnant au spectateur l’impression d’être leur “compagnon de route”.

- la présence du destin est dans ce film possible. En effet, Machiko et Shigeki se trouvent liés par leur histoire (femme et fils décédés) et aussi par leur prénom (en enlevant un morceau du nom de Machiko, Shigeki retrouve sa femme Mako). C’est peut-être l’une des raisons qui expliquerait que le courant passe si bien entre eux.

Café Lumière de Hou Hsiao Hsien

sans commentaires

Fiche technique :

Titre original : Kohi Jikou

Réalisateur : Hou Hsiao Hsien

Nationalité : Japonais – TaÏwanais

Année : 2003

Durée : 1’49

Acteurs : Yo Hitoto (Yoko) / Tadonobu Asano (Hajime) / Masato Hagiwara (Seiji) / Nenji Kobayashi (le père de Yoko) / Kimiko Yo (la belle-mère de Yoko)

Synopsis :

Yoko revient d’un séjour à Taïwan. A la recherche d’un compositeur taïwanais pour son travail, Yoko va annoncer à ses parents qu’elle est enceinte et qu’elle désire élever seule son enfant.

Analyse :

Café Lumière ne raconte pas vraiment d’histoire mais dévoile la vie d’une jeune femme japonaise à Tokyo, en visitant ses lieux les plus fréquentés, ses habitudes. Dans ce film, la durée des plans demande beaucoup de patience au spectateur. En effet, la caméra filme de loin les personnages, le plus souvent de dos. En conséquent, on devient un observateur dans le déroulement des scènes (le premier plan du film où Yoko est au téléphone, illustre parfaitement cette idée).

Thèmes :

  • La mémoire, le temps
  • La famille, à ce-jour à Tokyo
  • La notion de mariage

Personnages :

  • Le père est silencieux voire muet avec sa fille. Hypothèse : Le courant entre Yoko et son père passe mal ce qui créé certainement une incompréhension envers les décisions de sa fille, et qui rompt ainsi le dialogue entre eux.
  • Les parents sont inquiets pour l’avenir de leur fille. Hypothèse : Il existe une rupture entre les deux générations au sujet de la notion de mariage, sur le fondement d’une famille.
  • Abandonnée par sa mère à l’âge de quatre ans par sa mère, Yoko est aujourd’hui une femme résidant seule dans un appartement à Tokyo et qui assume ses propre choix. Hypothèse : D’après le jeu d’acteur, Yoko apparaît au spectateur comme une jeune femme solitaire, individualiste, réservée, libre et indépendante.
  • Ami de Yoko, Hajime, est un garçon silencieux, qui enregistre le bruit des trains qui traversent la ville. Hypothèse : Hajime et Yoko semblent très proche. Leur relation ambiguë laisse penser qu’il existe plus que de l’amitié entre eux mais le spectateur n’en sera rien tout au long du film.

Espace :

Les lieux les plus fréquentés qui nous deviennent aux fils du temps familiers sont : les cafés, l’appartement de Yoko, les moyens de transport (le métro, le train, le tramway), la station de métro, la gare, la maison des parents et la librairie de Hajime.
Il existe néanmoins quelque apparition en voiture, en vélo et à pied mais celles-ci restent inexistantes par rapport aux transports aux communs.

A mon avis, Hou Hsiao Hsien a souhaité faire une distinction entre le monde urbain et le monde rural qui donne davantage de profondeur de champ. Le monde urbain est peut-être même en concordance avec le personnage Yoko. En effet, les plans dans la zone urbaine souligne bien le caractère de Yoko et ont tendance à mettre en valeur l’enfermement de ce personnage principal.

Clin d’oeil à Ozu :

Dans Café Lumière les cadres contiennent beaucoup de symétrie. Cette symétrie créée grâce à la disposition des meubles, des portes, des murs, des objets du décor et d’accessoires divers est une référence directe au film de Yasujirō Ozu (1903-1963), un réalisateur japonais.